2018-05-05 C'est parti pour Malinero

Ce  samedi 5 mai est vraiment particulier puisque nous volons vers SPLIT pour rejoindre Malinero, 20ème bateau de Mer Amitié. Le plus grand aussi ! La conclusion d’un projet initié il y a presqu’un an, lorsque nous tentions de définir la suite à donner à la merveilleuse aventure de Sirénade en 2017. Place maintenant aux navigations.

Dès le dimanche, nous filons Trogir tout proche, non sans faire quelques détours pour hisser les voiles et percevoir les premières sensations. Elles seront très positives.

Trogir est une étape importante car elle doit nous permettre d’obtenir la ‘vignette’, sésame indispensable pour naviguer en Croatie. Pour obtenir cette vignette, il faut montrer patte blanche (permis, attestation d’assurance et contrat d’assurance) mais aussi apporter la preuve que le demandeur est bien un représentant de l’association. Facile à dire,  moins simple à faire à distance avec des documents officiels. Cette étape nous prendra la journée du lundi, nous permettant ainsi d’explorer plus largement Trogir et de faire quelques tests de notre nouveau bateau, à commencer par l’annexe.

Ah l’annexe… Son poids n’est pas négligeable, mais nos lutins de l’équipe d’entretien ont mis en place un dispositif d’une simplicité et d’une efficacité déconcertante. Un plaisir que de la descendre de l’avant du pont (son lieu de stockage en navigation) pour la mettre à l’eau, et réciproquement. Nous ferons même quelques envieux parmi nos voisins par la suite.

Puisque nous avons un peu de temps, un défilé de mode ‘Malinero 2018’ s’organise avec obligation de porter la tenue officielle. Soyons modestes, c’est la grande classe !

Mardi, ayant  tous les justificatifs nécessaires (enfin on l’espère), nous retournons récupérer notre vignette, en craignant toujours un aléa administratif local de dernière minute. Et nous repartons avec le sésame en main et plusieurs kunas en moins. Direction Hvar sur l’île de Hvar. Nous naviguons au portant et rejoignons cette superbe cité. Les quelques places à quai sont toutes occupées, nous mouillerons donc sur bouée avec amarrage par l’arrière sur un anneau. L’exploration à terre se terminera, comme souvent au cours de notre périple, par une ascension jusqu’à une fortification permettant de bénéficier d’un magnifique point de vue.

Mercredi, notre objectif est Korcula, sur l’île de … Korcula. Nous sortons pour la première fois les vêtements de pluie, les orages étant assez forts dans la matinée. Mais comme toujours, tout fini bien donc sous soleil. La marina est petite, mais l’agilité de notre barreuse et la bonne volonté de Malinero nous permettent de réaliser des manœuvres de haut vol dans un mouchoir de poche. Korcula est encore une bien belle cité, et les environs ont plus de reliefs que précédemment. Mais toujours de jolies ruelles et de belles maisons.

Jeudi, nous souhaitons rejoindre Ston sur la presqu’ile de Peljesac. Un plan B doit toutefois être prévu car notre guide nautique indique un quai avec environ … 3 places et des fonds pas très profonds. Nous y allons confiants car une seule place nous suffit, et prudent car le chenal d’entrée est parfois très étroit, surtout avec 2,05m de tirant d’eau. Mais un peu de navigation précise ne fait de mal à personne. Avant Ston, une pause s’impose. Un mouillage en l’occurrence, suivi d’un bain pour les plus courageux. Nous repartons au grand largue puis voiles en ciseau. C’est la fête ! L’arrivée à Ston est bucolique, nous apercevons très vite ce qui est la plus grande muraille d’Europe (5 km). Il reste une place à  quai, elle sera pour nous ! Sitôt amarrés, nous rejoignons la muraille pour en franchir toutes les marches (équipiers pas entraînés s’abstenir). La vue d’en haut est absolument magnifique. Inutile de dire que la nuit sera calme, puisque nous ne serons finalement plus que 2 bateaux.

Vendredi, direction Dubrovnik. Nous entamons une longue bataille de virements de bord avec un 53’, et serons plutôt fiers du résultat. Pour nous reposer, un nouveau mouillage, un nouveau bain, presque la routine en fait. Arrivés à Dubrovnik, nous échauffons notre barreuse en l’envoyant en marche arrière au ponton gazole. Juste une mise en bouche. Nous rejoignons ensuite Dubrovnik Marina, réputée pour son étroitesse. Nous ne serons pas déçus. Nous commençons par reculer entre nos deux voisins, avec l’aide comme cela a toujours été le cas du personnel de la marina. Une fois coincés, leur consigne d’accélérer à fond pour reculer encore ne manque pas de nous effrayer. Il faudra détendre les amarres des voisins pour se rapprocher suffisamment du quai.

Nous aurons l’occasion de nous retrouver avec l’équipage de François pour une relève chaleureuse où l’on se transmet les informations pratiques et touristiques.

Ceux qui en auront la possibilité visiteront Dubrovnik, et notamment les remparts dont le tour mérite largement le détour.

La semaine sera passée trop vite, Malinero aura brillamment réussi ce galop d’essai, son excellent état et sa douceur d’utilisation ne pouvant que nous satisfaire.

L’aventure ne fait que commencer.

Amicalement

Michel

2018 01 - Au pays de la flibuste

Une première semaine à terre nous a permis de découvrir un peu la Martinique :

Ses distilleries et rhumeries diverses et fort nombreuses
Ses côtes au vent et sous le vent
Sa météo capricieuse
Ses restaurants (mention spéciale pour le Point de Vue près de Marigot, Chez Malou au Morne Rouge, et Pura Vida à Sainte Luce)
Mais pas sa Montagne Pelée restée cachée dans le brouillard.

Et de nous familiariser avec

Ses ti punchs
Le chant des grenouilles dès la tombée de la nuit
Ses moustiques
Ses mancenilliers (attention, danger)
Ses embouteillages qui n’ont rien à envier à la métropole….

 

L’heure est maintenant venue d’embarquer pour deux semaines de croisière aux Grenadines.

Le  Marin, nous voilà ! Embarquement sur Molène (1).

Amarres larguées jeudi midi, cap sur Sainte Lucie. Nous avons quitté la France, désormais l’anglais et les biwis sont de rigueur (du moins à terre).

Très rapidement l’équipe s’organise : préparateurs, goûteurs, consommateurs et nettoyeurs, pêcheurs, navigateurs et barreur évidemment.

Premier sujet d’étonnement : des noms de lieux parfois surprenants : Petit Tabac, Moustique, anse Canari, anse Cochon, anse Jambon, Troumaka… il y a même un Petit Bordel (curieusement je n’ai pas relevé de Gros Bordel !).

Deuxième sujet : les arcs-en-ciel extrêmement nombreux. L’explication est simple : il pleut souvent, voire très souvent.

Troisième sujet de préoccupation celui-là : le mouillage.

Il faut distinguer le mouillage à la bouée souvent proposé dans la plupart des ports et marinas dignes de ce nom (moyennant une poignée de billets) du mouillage à l’ancre beaucoup plus délicat : entre l’ancre qui dérape et refuse obstinément de crocher, et celle qui s’accroche quand on ne lui demande rien (et qui de surcroit nécessite l’intervention d’un plongeur volontaire pour la dégager), il y a peu de place pour celle normale qui croche où il faut quand il faut et comme il faut.

Particularité du mouillage dit « cocotier  » (d’usage à Cumberland Bay) :

une ancre à l’avant (vers le large) et une aussière à l’arrière frappée sur un cocotier (ou autre chose, tout dépend de ce qu’on a sous la main…). Manque de chance, l’ancre n’ayant pas croché à la première tentative, il a fallu recommencer la manœuvre (l’aussière arrière restant en place). Comme la jupe du catamaran paraît bien près d’un vieux ponton pourri et que les amarres sont souvent fatales aux poupes, des quarts de nuit de 2 heures ont été organisés par tirage au sort.

 

Après  la navigation, les repas constituent le sujet de préoccupation principal.

Un équipage heureux est un équipage abreuvé, rassasié, et reposé. Du point de vue du breuvage : rien à dire, il y en avait même trop. En revanche du côté solide, la mutinerie a bien failli gronder quand le pain est venu à manquer (les 5 baguettes payées à prix d’or aux Tobago Cayes n’auront pas suffi). Et Patrick n’aime pas les mutins, une bonne volonté s’est dévouée et a fait du pain avec les moyens du bord.

 

La vie à bord est rude, rythmée par le soleil (quand il se montre) et les apéros (sachons vivre !).

Entre deux navigations, l’équipage se repose, se livre à des expériences de chimie amusante, teste divers punchs, vaque à ses occupations domestiques, se livre à de menus bricolages (2) (réparation de latte de grand voile, ou de déchirure à grand renfort de strap et d’élastoplast), découvre les fonds sous-marins ou des terres inconnues, ou plus benoitement se livre à des jeux intellectuels (mots croisés, sudoku, anagrammes).

Les tentatives de pêche à la traine ne donnent hélas grand chose si ce n’est un spectacle de fous bruns (cousins locaux des fous de bassan), s’amusant dans le vent à plonger sur les leurres !

Le train-train quotidien est parfois rompu par une invitation à l’apéritif sur un bateau ami (c’est l’occasion d’apprécier les différents breuvages concoctés sur les bords respectifs), un barbecue sur une île avec observation in situ d’iguanes terrestres, ou encore une invitation à profiter des happy hours d’un bar voisin.

Par deux fois, on aura la chance de croiser un troupeau de dauphins.


Les nuits sont le plus souvent agitées de rafales de vent et de grains plus ou moins violents. Toutefois, le pyjama imperméable ne s’impose pas encore, quoique….on a entendu parler de hublots dont l’étanchéité laissait vraiment à désirer. A ce doux murmure se joignaient régulièrement les quintes de toux de membres de l’équipage récemment sortis de quarantaine.

 

Visites remarquables:

 

Port Elizabeth (Bequia) :

Son Whaleboner bar au mobilier en os et vertèbres de baleines,
Ses petites maisons bleues, orange, roses, accrochées à la colline,
Son artiste peintre Patrick Chevalier, également médecin et restaurateur (plats français du terroir),
Son marché de fruits et légumes, et ses marchands rastas typiques au doux regard plus qu’embrumé,
Sa plage à la sortie du port, accessible par un pittoresque sentier à flanc de falaise

 

Kingstown (St Vincent) :

Son marché aux poissons moderne (subventionné par le Japon ainsi que l’atteste la belle plaque apposée à l’entrée, si, si),
Son marché aux fruits et légumes, disposés en petites pyramides artistiques,
Ses rastas coiffés de l’énorme bonnet caractéristique, aux yeux pas toujours très clairs,
Ses marchands de tout et n’importe tenant boutique sur les trottoirs …

Comme il fait chaud et lourd malgré l’heure matinale, et que la pluie s’est remise à tomber (excellent prétexte), nous filons nous désaltérer au « bar » d’un hôtel sis non loin de la station de taxis. On se laisse séduire par le punch maison: EX-CEL-LENT, rien à redire.

 

Clifton (Union)

Son ambiance joyeuse et pittoresque,
Ses échoppes de fruits et légumes et de souvenirs divers,
Ses chèvres, chevreaux, chats et chiens qui déambulent librement dans la rue principale,
Ses maisonnettes peintes de couleurs vives,
Son  « Lambis bar » entièrement construit en lambis : une véritable hécatombe.

Mayrau

Son point de vue à 360°C sur les Tobago Cayes. Les plus courageux gravissent sous le cagnard la côte raide qui y mène et reviennent déshydratés mais ravis.

Cumberland Bay

Du mouillage cocotier (cf plus haut), on a le loisir d’assister à une cérémonie peu banale de baptême. Un homme, de l’eau jusqu’aux cuisses, tient une grande croix de bois face au large, tandis qu’un deuxième homme, de l’eau jusqu’à la ceinture, accueille le futur baptisé et procède au baptême proprement dit en l’immergeant totalement. Puis le baptisé sort de l’eau laissant sa place au suivant (aucun noyé à déplorer).

 

Une traversée mouvementée(Cumberland / Ste Lucie)

Le ciel plombé ne laissant augurer rien de bon pour le départ de Cumberland bay, Alain et Patrick ont revêtu leurs vestes de mer. En sus, Alain a prudemment chaussé son masque de plongée.

Dès la sortie de la baie, le vent se fait sentir, assez violent et la pluie commence à tomber drue. Mais le plus dur est à venir, en doublant la pointe de l’île de St Vincent en abordant le canal.[3]

Nota : pour la lecture du passage qui suit il convient d’endosser sa veste de mer, d’attacher son harnais, de se saisir du pommeau de douche (robinet grand ouvert évidemment)  et de tanguer autant que possible. C’est bon ? allez y …

 

A lire sur l’air de « Je suis le maître à bord »[4]

Et quoi les matelots vous avez tous la frousse

C’est vrai je le sais bien, il est vieux ce cata

Mais il reste du rhum, du vin et quelques  mousses

Pour le ramener enfin jusque la marina

Depuis 2 heures déjà le cata est en route

Le vent est contre lui, une mauvaise houle aussi

De tribord à babord, il va, il vient, il roule

Le cata va tanguant sous la force du vent

Bientôt c’est le « canal », on ne voit plus la terre     

La grand voile se déchire, il n’en reste plus qu’un tiers.

           

Ahhhhhh

Je suis le maitre à bord,

Encore je suis le maître

Les yeux me brûlent fort      

J’dois garder mes lunettes

Vivement ce soir mille sabords

Je vous promets bon pain, bonne douche

Oui mais avant faites un effort

Pour éviter qu’Molène n’se couche

Et maintenant le cap au Nord

Je suis le maitre à bord…

           

 

Depuis longtemps déjà, balancé par la houle

Le cata va bon train, et s’approche du Marin[5]

Mais l’équipage à jeûn depuis si tôt qu’il roule

Ressent alors grand faim et réclame du pain

Alors le capitaine, ne perdant pas la boule

Appelle les équipiers, leur dit je n’y peux rien

Voyez là-bas au loin, la terre se devine

Ce soir nous y boirons du whisky et du gin !

           

Ahh !

            Je suis le maitre à bord

A bord je suis le maitre

Tous mes copains de port

Ont dû le reconnaître

Je vous demande pour le moment

De mettre la radio en route

            Comme le système est défaillant

Y faut pas qu’on me brouille l’écoute

Et maintenant cap à tribord

Je suis le maître à bord….

 

 

Enfin le  vent mollit et la mer se calme

Et petit à petit, le rythme ralentit

L’équipage est sur le pont, balayé par les lames,

Qui se régale enfin de pain et Vache-Qui-Rit

Vous voyez bien mes braves que la tempête s’éloigne

Déjà la terre est proche, nous sommes à l’abri

Je vais enfin pouvoir desserrer la poigne

De mes mains sur la barre toutes endolories

           

Ahh

Je suis le maitre à bord

A bord je suis le maître

C’était vraiment très fort,

Il me faut bien l’admettre.

Et maintenant route vers le port

Nous allons pouvoir faire la fête

Du rhum, du vin, et du beaufort     

A s’en faire tourner la tête

Mais de repos je rêve d’abord

Je suis le maître encore.

 

Epilogue

Molène a rejoint Karma au ponton du Marin le jour dit, l’équipage au complet.

Ce fut une belle croisière.

 

Sylviane Colléter

 

(1)Et pour ceux qui l’ignorent « Qui voit Molène voit sa ….peine ! ».

(2)Depuis l’expédition toulonnaise, le marteau et le burin sont strictement interdits à bord.

(3)Canal : passage entre les îles, lieu de rencontre entre l’océan Atlantique et  la mer des Caraïbes. En général très aéré…..

(4)Comment ? Vous ne connaissez pas les chants de marins remarquablement interprétés par Mikaël Yaouank ??!!

(5)Le Marin : port d’attache du bateau, au sud de la Martinique….. puisqu’il faut tout vous dire…

 

2017 09 - Canada - le Saint Laurent

Je suppose que vous grillez tous d’envie d’en apprendre et d’en voir un peu plus sur le Saint- Laurent que ce qu’en ont divulgué quelques conversations éparses et quelques photos partagées.
Voici donc un aperçu des différentes expéditions dans la Belle Province.

D’abord les parcours.
Cinq équipages se sont lancés dans l’aventure, un en juin et quatre en septembre. Une particularité certainement inspirée par un certain protectionnisme déguisé en bonne raison, nous a obligés à recourir aux services de chefs de bord locaux, accessoirement propriétaires ou copropriétaires des bateaux.
Il existe bien des « guides » des marinas, nous en avons vu deux. L’un est un annuaire commercial répertoriant toutes les entreprises de tous ce qui se vend ayant un rapport avec l’eau, se trouvant plus ou moins le long du fleuve, l’autre qui donne pour tous les points abordables en bateau de plaisance, une liste exhaustive documentée des bars, restaurants, hôtels, boîtes de nuit etc… propres à distraire le navigateur à terre. Eventuellement un petit schéma de la marina quand elle existe.
Rien sur les approches !
Ceux qui ont utilisé les guides Fenwick ou Editions du PenDuick comprendront.

Cela n’empêche pas les québécois d’être très sympathiques et accueillants bien que, de temps en temps, manquent les sous-titres.
Quitte à passer quelques heures en avion pour l’aller et une de moins au retour, la plupart des participants en a profité pour visiter le pays soit avant, soit après, soit les deux.
Evidemment, le Lac Saint-Jean, le Fjord du Saguenay, Montréal, Tadoussac, La Gaspésie ont été visités. Quelques-uns n’ayant pas peur de franchir les frontières ont poussé jusqu’à New-York.

Sur l’eau, compte tenu des marées et de la quasi inexistence de mouillages abrités, les choix ont été plus restreints.
Soit atteindre Tadoussac en faisant largement appel au moteur, soit naviguer le plus possible à la voile faire demi-tour un peu moins loin.
Chaque équipage en a décidé suivant son goût.

Je vous laisse à présent partager notre périple au travers des photos et avis recueillis auprès des participants dans ce pdf

Les photos de Gabriel sont disponibles sur son site: http://www.saint-malo-photo.com/diapos_divers/quebec_2017/index.html

Les photos de François

Les photos de Florence

 

2017-10 Les Voiles de Saint Tropez

Le périple de Sirénade en Méditerranée se poursuit, et l’objectif était cette fois d’assister aux Voiles de St Tropez. Difficile de savoir où donner de la tête tant la zone de navigation est riche de sites à explorer. Notre première étape sera donc la plus longue puisque nous rejoignons le vieux port de Cannes à l’occasion d’une arrivée dans la nuit. Les dauphins nous auront rendu visite en cours de route. Une nuit toute relative car les lumières des yachts au mouillage ou au ponton nous permettent de gérer tranquillement notre atterrissage.

La journée du dimanche se déroulera à terre, de St Paul de Vence à Monaco, histoire de regarder les riches qui regardent les pauvres qui regardent les riches. Spectacle amusant qui ne nous fait pas oublier le plaisir de déambuler à pied dans St Paul ou sur le rocher. Manifestement, notre  présence à Cannes à été signalée car une bien belle soirée se prépare sur la plage du Carlton. Nous n’aurons malheureusement pas le sésame permettant d’y participer, mais nous serons aux premières loges depuis Sirénade pour assister au feu d’artifice.

Le lundi démarre par la visite du vieux Cannes. Les immenses yachts présents dans le port sont en train d’être préparés pour servir de lieu de négociation pour la semaine du duty free (alcool, parfums,…). Etonnant ! Nous filons ensuite vers Port Grimaud, il ne faut pas oublier que nous sommes venus pour les Voiles ! L’arrivée dans le golfe de St Tropez nous met dans l’ambiance du lendemain, beaucoup de … voiliers évidemment. L’accueil efficace de la capitainerie est précieux pour s’amarrer vite et bien.

Une navette nous amène directement dans port de ST Tropez le mardi. Emerveillement de voir ces 300 voiliers de course, très anciens ou très modernes, parfois immenses, dans un tel site. Somptueux ! Tout ce petit monde manœuvre à merveille dans le port et sur l’eau, la météo est de la partie. En fin d’après-midi, chacun reprend sa place au port, l’occasion d’admirer à nouveau ces monstres manœuvrés. Génial !

Le mercredi commence tristement. Un voilier a dérapé dans la nuit et il se fait drosser sur la digue de Port Grimaud. Le carré est  encore ouvert, les haubans rompent. Voilà qui refroidit un peu avant de reprendre la mer. Nous partons alors que les voiliers sortent de St Tropez pour les régates du jour. Du coup, on est au milieu d’eux. Les appareils photos crépitent au rythme du craquement des monstres de carbone lorsque les écoutes sont bordées. Nous parvenons dans l’après-midi au mouillage à Port Cros, un lieu bien paisible après l’animation du matin. L’annexe est gonflée, longue randonnée à terre s’organise.

Jeudi, c’est piscine ! Ou plutôt baignade car nul ne peut résister à un petit bain le matin. Départ ensuite vers Porquerolles ou nous nous amarrons dans le port en raison d’un gros coup de mistral annoncé. Grande randonnée l’après-midi, avec du dénivelé…

Vendredi, c’est encore… randonnée ! Les rafales à 42nds que nous observons dans le port n’incitent pas trop à larguer les amarres.

Samedi, c’est … fini. Nous repartons vers Toulon, non sans une halte réparatrice devant la plage de Monaco (dans la rade de Toulon). L’ambiance est estivale, un bain s’impose avant de retrouver notre port d’attache méditerranéen, la vieille Darse à Toulon.

Une semaine riche et variée qui donne envie de prolonger les explorations sous ce climat particulièrement agréable. Mais il faut maintenant retravailler avant de repartir !

Michel Latouche

2017-09 Escale à Toulon

Aux abords de la Darse Vieille, rodent des clandestins et des marins en goguette parmi lesquels je devrais  trouver un équipage pour ma prochaine expédition dans les iles.

Au fond d’un bar interlope, tenu par un rastaquouère au regard chafouin, j’installe mon bureau de recrutement. L’examen se passe autour de chopes de bière que j’imputerai sur mon budget de fonctionnement sous la rubrique « avitaillement divers ». Le ventilateur déglingué brasse un air lourd de fumée et de relents d’alcool frelaté sur des clients dont le regard torve ne m’inspire aucune confiance.

A la fin de la soirée, la facture du tavernier est impressionnante, mais j’ai trouvé un mécano, un cuistot, et un second.

Dès le réveil, forcément difficile après ces laborieux entretiens d’embauches, notre mécano se contorsionne pendant deux jours pour réparer notre moteur rendu cacochyme par l’utilisation d’un fuel espagnol de contrebande. Malgré une consommation excessive de tabac et de bière, il a conservé ses compétences,  même s’il lui arrive de commettre quelques fautes de goût (comme celle qui consiste à utiliser la brosse à dent du Chef de bord pour ses travaux de décapage des crépines). J’ai quand même pris soin de lui confisquer burin et marteau dont il pourrait faire un usage immodéré dans un accès d’enthousiasme incontrôlé.

Pour sa part, Gérard contribue au moral des troupes en débitant un saucisson d’un fort beau gabarit, qu’il arrose de force gibolin,  entre deux histoires de Melon et Melêche.

Profitant du beau temps, nous nous accordons une pause à St Mandrier. La rade est encombrée de ces bateaux gris où l’on salue tout ce qui bouge, et où on repeint le reste.

Après deux jours de travaux acharnés, le moteur tourne rond, et nous appareillons vers Porquerolles en contribuant vigoureusement au changement climatique, car le temps reste frais à notre goût. Notre fuel lourd non désulfuré fait merveille pour forer la couche d’ozone au bénéfice de notre hâle.

Amarrés sur pendille à Porquerolles, après cet exercice délicat qui consiste à frapper les amarres sur les bittes, nous attendons vainement les colliers de fleurs, danseuses nues et éléphants blancs, que les indigènes avaient naguère pour coutume d’offrir aux navigateurs qui daignaient faire escale chez eux. Hélas, le modernisme et la civilisation les ont remplacés par des WC mobiles, et chimiques de surcroit, car l’eau manque également sur cette terre déshéritée et oubliée des hommes (et des femmes, pour rester politiquement correct). Gérard qui en testait l’hospitalité échappe de justesse à un embarquement forcé : un Fenwick avait déjà commencé à le charger sur le ferry, il sort précipitamment de la cabine, le pantalon aux chevilles en vociférant force jurons marins. Cette sécheresse ne fait pas notre affaire, car nous serons rapidement réduits à boire le pastis sec et à nous brosser les dents avec du whisky pour préserver nos réserves.

Un coup de mistral nous bloque une journée entière dans le port, les drisses claquent, le vent siffle dans la rue du quai, et nous en profitons pour explorer l’ile à la recherche de vivres frais.

Vêtus de nos tenues de brousse, nous taillons notre piste dans une jungle de lauriers roses, à coups de sabres d’abattis, provoquant la fureur d’un indigène grognon sorti en vociférant d’une case délabrée.

Nous arpentons des chemins rocailleux, serpentant dans une végétation aride, où il n’est  pas conseillé d’allumer une cigarette. Ici, même les teckels et les tortues sont fossilisés.

Chemin faisant, nous croisons un légionnaire en retraite qui refusera catégoriquement de nous céder une de ses chèvres. Gérard comptait nous cuisiner un sauté de cabri, recette qu’il tient d’un tirailleur sénégalais rencontré pendant  son séjour à Bouzbir dans les chasseurs d’Afrique.

 

A la tombée de la nuit, faute de gibier, Gérard tente vainement d’attraper quelques rossignols de caroubiers (excellents en brochettes), et se rabat,

déçu, sur l’échoppe d’un traiteur qui propose un bar au fenouil accompagné de tagliatelles, et arrosé d’un cru local. Les portions sont un peu justes et l’équipage affamé réclame des nouilles encore !

Le lendemain nous appareillons vers Port Cros, le génois est envoyé, l’écoute soigneusement lovée afin qu’elle ne se brouille. L’étrave de Sirénade fend les flots dans un chuintement humide et suave .

 De nombreux explorateurs occupent déjà une majorité de bouées, nous arrivons à  point pour prendre la dernière place au ponton, près d’un navire battant pavillon suédois. Une lueur de convoitise s’allume dans les yeux de la partie masculine de l’équipage, qui aimerait bien que la femme du capitaine les fasse mander à bord.

Après les palabres d’usage auprès de l’autorité locale, coiffée d’un bonnet en peau de chèvre à la manière du compagnon de Robinson Crusoe, nous obtenons notre aussweiss en échange d’un peu de verroterie.

Nous entamons alors un long périple sur des chemins escarpés en direction du sentier sous marin où l’on peut observer la faune aquatique locale :

 des panneaux indicateurs suspendus à des bouées jalonnent l’itinéraire, et décrivent les espèces visibles au visiteur palmipède. Aucun d’entre nous ne parviendra hélas à se saisir d’une dorade ou autre sar, dont l’agilité excède largement celle d’une boite de paté Hénaff.

A titre de consolation nous faisons une halte dans une des tavernes qui bordent le port, face au soleil couchant. L’ambiance est festive, et les matelots aux démarches chaloupées déambulent sur le quai dans l’espoir d’un malentendu. Nous y croisons  David, un ancien de Mer Amitié.

 

Le lendemain à l’aube, après le yoga matinal de notre cuisinier, nous appareillons vers Bormes les Mimosas, en passant par l’anse de Port Man où nous allons réveiller les bateaux à l’ancre.

La marina de Bormes est accueillante et bien tenue par d’accortes hôtesses au regard espiègle, nichées comme des pinsons en haut d’un sémaphore flambant neuf.

Poussés par le démon  de l’aventure, nous montons  dans une patache conduite par un indigène qui gesticule sa sympathie à chaque congénère qu’il croise en route. La  vieille ville est pittoresque, on y rencontre des acharnées du selfie compulsif, et des toilettes publiques qui offrent une vue superbe sur le paysage environnant.

 

 

Cap sur Toulon, et retour à la marina de la Darse vieille. L’équipe du port, toujours aussi sympathique nous accueille, très étonnée que nous ayons pu mener à bien une expédition aussi périlleuse, mais un peu déçus que nous ne ramenions ni cargaison de doublons espagnols ni épices rares !

Patrick COLLETER