2018 06 14- Malinero - A la recherche du vent perdu...

A la recherche du vent perdu

Ou Embarquement pour six terres[1]

Croisière Malinero en Croatie du 14 au 28 juin 2018

Nous arrivâmes tous les sept par une chaude après-midi ensoleillée, en ordre à peu près groupé, à la marina de Kastela.

Malinero[2] est au mouillage tout au bout du quai [3](quasiment à la dernière place, près de la sortie). Et chacun de s’ébaubir devant la petite merveille :

(sur l’air de  « Marinella » – Tino Rossi)

Malinero,

C’est vrai que t’es un beau bateau

Avec toi nous allons sur l’eau                          

Naviguer pendant qu’il fait chaud

                

                Le doux ronron du moteur

                 Nous berce dès les premières heures     

                 En attendant un vent meilleur…            

                Quand on envoie le génois

                 A chaque fois on est pantois…

                Car il suffit qu’la voile soit prête

               Pour que le vent s’arrête

 

Le soir même nous assisterons à l’arrivée au port d’un bateau désemparé, la grand’voile en charpie, torchonnée à l’envi par les bourrasques…

Après une bonne nuit, les formalités d’usage et un coup de sifflet bref, les amarres sont larguées, c’est le départ d’une odyssée qui nous mènera au gré du vent (avis de tempête ou calme plat) en des endroits plus enchanteurs les uns que les autres…Brac, Hvar, Korcula qui a vu naitre Marco Polo, Lopud, Dubrovnik, Mljet où la nymphe Calypso retint Ulysse pendant 7 ans, Skradin et les cascades de la rivière Krka. Toutefois, nous serons privés de tour de Vis[4].

Les journées passent, dans l’attente d’un éventuel souffle de vent…l’équipage reste des heures à regarder la mer. Le capitaine a pour sa part les yeux rivés aux compteurs ; à la moindre risée flirtant avec les 8/9 nœuds, il coupe le moteur… hélas le vent s’arrête aussi....et de redémarrer pour conserver une honnête moyenne de 5 nœuds !

(Sur l’air de » Voyage voyage » – Desireless)

A la voile ou au moteur

Le matin on dérape de bonne heure

Navigue navigue

Sans regarder l’heure

 

Tous les jours de bonne humeur

Vers 10 heures on mange des petits beurres

Navigue navigue

Vogue vers le bonheur

 

Et quand le vent se lève

C’est pour une durée brève

Heureusement le moteur

Est toujours plein d’ardeur.

 

Navigue navigue

Au gré du vent et d’ses rafales

Navigue navigue

Jusqu’à la prochaine escale…

 

D’Kastela à Korcula

De Dubrovnik aux chutes de la Krka

Navigue navigue

Envoie le génois…

 

De Skradin à Kastela

Faut revenir à la marina

Navigue, navigue

Ne t’arrête pas…

 

Mais parfois le sondeur

Nous donne quelques frayeurs

Affichant par erreur

Une mauvaise profondeur !

 

Navigue navigue

                Essaie d’envoyer de la toile

Navigue navigue

Pour filer bon train sous les voiles…

 

La croisière n’est pas toujours un long fleuve tranquille, loin s’en faut !

Les aléas matériels 

  •  Une prise de coffre acrobatique : le matelot, armé de sa gaffe tel un hallebardier des temps anciens, croche d’un mouvement sûr et élégant la bouée objet de sa convoitise. Las ! la moitié de la gaffe se désolidarise et tombe à l’eau, et notre chevalier des temps modernes dépité ne tient plus dans la main qu’un bête morceau inutile. Le plan bis immédiatement déclenché n’aura pas tout à fait l’effet escompté : la gaffe magique, dont on ne maitrise pas encore l’utilisation, reste quant à elle accrochée à la bouée[5], mais l’aussière a été passée.
  • Les séances de nettoyage aux escales ne manquent pas de piquant non plus : l’unique brosse du bord profite d’un nettoyage du pont pour se séparer de son manche elle aussi[6]. Elle réitérera son abandon de poste à l’arrivée, et sera repêchée dans le port avec le seau (lui au moins n’a pas lâché son bout), et réparée à grand renfort de vis.
  • Le sondeur de temps en temps est pris de fantaisie et affiche une profondeur avoisinant zéro dans des zones a priori profondes, créant quelques instants d’angoisse. Perplexe, le capitaine fera même des contrôles au sondeur à main dans une marina. Mais le mystère demeure, et le sondeur continuera ses facéties.

La météorologie capricieuse:

  • On ne peut parler de croisière de plaisance en Croatie sans aborder le délicat sujet de la météorologie. Quel que soit le site consulté, les prévisions peuvent s’avérer assez fantaisistes. Les appels sécurité de la VHF ne sont pas faits pour rassurer le néophyte, d’autant moins que les messages crachotés sont difficilement compréhensibles pour une oreille non exercée à ce type de borborygmes.
  • Ainsi, une alerte au coup de vent nous consignera dans une baie sympathique, mais nous ne verrons pas le coup de vent annoncé (sauf au moment de se mettre à quai).
  • Parfois Eole y met du sien…et un peu trop, avec lui, c’est tout ou rien...ou on s’envole, ou c’est la pétole
  • On se souviendra longtemps de la nuit à Zaton, sympathique petit port en principe très abrité… Copieusement arrosés par un orage en début de soirée[7], le programme de séchage automatique sera violent avec des rafales dépassant les 50 nœuds ! D’aucun raconte qu’une vieille femme se tenait cette nuit là au bout du quai, soulevant sa jupe pour essayer dit-on d’en « chopper un ou deux » ! Le capitaine et ses fidèles équipiers se relaieront sur le pont pour vérifier les amarres.
  • Un beau jour, Eole s’est levé (il a quand même fait une grasse matinée). Des rafales à 32 nœuds viennent briser le ronron tranquille et rassurant du moteur. Gérard, tel une walkyrie, tient la barre et chevauche les flots furieux. Malinero caracole sur les vagues, il tient bon le vent et file vaillamment sur la mer démontée (enfin, pas tout à fait…mais bien blanche quand même). Au fond de la cambuse où j’œuvre à la confection d’un déjeuner frugal, le bruit lancinant de la course associé à la gite du bateau et à l’écume qui défile devant le hublot laisse imaginer un record de vitesse. En fait nous (ne) filons (que) 8,9 nœuds. Record à battre tout de même.Puis le vent s’arrête et Malinero retrouve son assiette (et nous aussi car il était temps de se restaurer).

Les agréables découvertes gastronomiques et autres

  • Au nord de Mljet, la passe sud d’accès à Polace a tout du fjord scandinave. Nous sommes talonnés par d’autres plaisanciers…les places à quais sont rares en cas de vent mauvais. Le capitaine jette son dévolu sur un des rares coffres libres, dont le propriétaire - patron du restaurant Ankora - nous laisse une impression plutôt mitigée lors de la manœuvre tant il vocifère et réclame à grands cris un « spring [8]» (quésaco ???). En fait, il se révélera tout à fait cordial et avouera son faible pour le pastis. Le fond de bouteille que le capitaine[9] lui offrira achèvera de dégeler les relations internationales et il nous gratifiera  en retour de rogoznica lors du diner dans son établissement.Après quoi, le retour en annexe au bateau sera épique : on fera quelques ronds dans l’eau avant d’atteindre l’objectif ! Mais le capitaine, grand seigneur, décrétera un boujaron de rhum pour les courageux rameurs.

 (sur l’air de «  Mais d’aventures en aventures » - Serge Lama)

De crique en crique et d’ile en ile

Et de  mouillage en marina

Jamais encore ça j’en suis sûre                       

J’ n’ai mangé mieux qu’à Ankora

  • A force de scruter la mer, on finit toujours à l’instar de Sœur Anne par voir quelque chose. Ce matin là nous avons eu la chance de croiser un troupeau de dauphins en vadrouille. Splendide rencontre sur le chemin de Skradin.
  • De Sibenik et Skradin, des parcs à moules et huitres jalonnent les rives. On s’y approvisionne en huitres[10] et en moules. A noter que les frites ne sont pas fournies avec icelles ! Jean et Gérard nous concocteront un plat mémorable le soir même.
  • Les spectaculaires cascades de Skradin (Skradinski buk) ne sont plus à vanter. La balade pédestre passe par un moulin, dont on peut voir fonctionner encore une des nombreuses meules de pierre colossales. C’est le dépaysement total : de l’eau partout, une végétation luxuriante… je m’imagine à la recherche des sources du Nil au-delà des cataractes. Nous n’avons rencontré ni Stanley, ni Livingstone.
  • Alors que nos réserves de pastis percutent le zéro absolu, on a la joie de découvrir au retour des cascades, par un hasard mystérieux et chez un caviste fin connaisseur, une bouteille de Bardouin[11] … pleine. Ouf sauvés !
  • Malgré son nom à la consonance japonaise, le cake Tifoutou n’a absolument rien de nippon. Il serait plutôt fripon. Sa composition répond à des critères très stricts : en sus des éléments de base (œufs, farine et levure) on y met absolument tout ce qui passe à portée de main et de préférence n’importe quoi. D’un cake à l’autre, on relève des différences de goût, de couleur et de consistance, mais ils sont toujours délicieux. Dominique nous en fera deux : un jaune et un rouge brique, très appréciés à l’apéritif.

Remerciements

Cette belle aventure n’aurait pas vu le jour sans le travail préparatoire minutieux du capitaine Ad Hoc, qui a consacré ses longues soirées d’hiver à concevoir un circuit alternant découvertes de criques, baignades, balades et visites, avec plans bis, voire ter, en cas de météo défavorable.

Récapitulatif du circuit

Nuit 1 Marina Kastela

Nuit 2 Marina Milna – Brac  - restaurant Palm

Nuit 3 Marina Hvar – Hvar

Nuit 4 Mouillage Uvana Gradina – Sveti Ivan - Korcula – restaurant

Nuit 5 Marina Vela Luka – Korcula

Nuit 6 Marina Korcula – Korcula

Nuit 7 Mouillage Uvala Sunj -  Lopud

Nuit 8 Marina de Zaton

Nuit 9 Mouillage Saplunara – Mljet – restaurant Saplunara

Nuit 10 Marina Polace – Mljet – restaurant Ankora

Nuit 11 Marina Brna - Korcula

Nuit 12 Marina Maslinica – Solta

Nuit 13 Marina Skradin

Nuit 14 Marina Rogaznica

Nuit 15 Marina Kastela – restaurant de la marina

Bon à savoir

Se munir de :

·         produit anti-moustiques

·         chaussures filet pour la baignade : attention aux oursins

·         d’espèces : change plus avantageux que le cours appliqué au retrait d’argent aux distributeurs A noter que le cours appliqué aux paiements par effectués par carte bancaire est encore plus avantageux.

 

 

Le 10 juillet 2018

Sylviane Colléter



[1]Dans l’ordre : Brac, Hvar, Korcula, Lopud, Mljet et Solta

[2]Malinero : petit noir en croate, si si.

[3]Et non pas au cou du bey ! D’accord, d’accord ça n’a rien à voir…et les jeux de mollets fatiguent les jambettes !

[4]Sans sombrer dans la paranoïa, je me demande s’il ne s’agit pas là d’une extension de l’interdiction formelle à bord de marteau et de burin, décrétée à l’issue de la croisière toulonnaise.

[5] Après lecture du mode d’emploi et quelques tests en réel, son utilisation n’aura plus de secret pour l’équipage. Nous ne saurons trop recommander aux équipages suivants de s’initier à son maniement avant le départ.

[6]Voir plus haut, cf la gaffe. Il semblerait que gaffe et brosse aient été bien mal emmanchées dès le départ.

[7] Inutile de mettre de l’eau dans le pastis, elle y tombait naturellement pour peu que l’on tendît son verre.

[8]Et pas un « string ». Un spring est une garde, ainsi que nous le confiera le Captain, qui s’était judicieusement muni du fascicule de la SNSM des termes usuels Français / anglais.

[9]Notre capitaine a bon fond.

[10]Il s’agit d’huitres sauvages au manteau noir, dont la saveur rappelle un peu les belons.

[11]Pour ceux qui ne connaissent pas : pastis très parfumé. A découvrir d’urgence.